samedi, décembre 31, 2005

West Coast ain't Hip Hop? KAM : Made In America


KAM : Made In America



1995. Une année considérée par beaucoup comme un cru exceptionnel dans le rap west-coast. Certainement parce que le son arrivait à maturité dans de nombreux crews et dans de nombreuses micro-régions, plus particulièrement dans la baie, en complète ébullition. Mais aussi parce que l’avenir s’annonçait serein pour un rap que personne ne rechignait à qualifier de gangsta. Los Angeles restait le focus d’un intérêt médiatique qui allait s’avérer rapidement volatile et les moyens des majors soutenaient tout un courant souvent assimilé à la G Funk. Le déjà installé Kam (qui avait participé en son temps à annoncer les émeutes de 92) apporta sa pierre à ce feu d’artifice artistique.

Son album « Made in america » se rattache sans conteste à un son G Funk composé de nombreux ingrédients de la Funk utilisés pour composer un rap mélodieux, joué, riche et swingant. Sur cet opus, certainement son meilleur, se dégage une certaine unité sonore alors même qu’il a choisi de faire appel à un nombre de concepteurs musicaux très divers. S’y côtoient le jeune Battle Cat avec un son déjà particulièrement propre et coulant, deux créateurs légendaires du son G Funk trop souvent oubliés au profit de Dre ( Dj Quik et Cold 187 Um de Above The Law), Warren G. ( définitivement devenu trop rare…) et E A Ski & CMT de Oakland, des concepteurs musicaux qui ont toujours mérité de siéger au firmament des meilleurs producteurs mondiaux…

Les featurings sont réduits au strict minimum. Mc Ren y est majestueux, sans concession et indémodable. Dresta conforme à tous les espoirs que le camp Ruthless mettait alors dans son avenir. Et pour le reste Kam officie pratiquement seul nous faisant bénéficier, comme c’est devenu rare par la suite, de chansons entières avec le rappeur qu’on a choisi d’entendre. Ce qui est jouissif parce que Kam est majestueux au micro, à l’aise, déterminé, posé et redoutablement efficace. Sa voix, qui rappelle celle d’un Dr Dre en plus grave est très imposante, très masculine et évoque une maturité certaine.

Mais si c’est un album est bijou sonore définitif, indémodable et toujours délicieux à réécouter, il est beaucoup encore plus que de la bonne musique et on le doit à la conscience politique et sociale de Kam. Celui-ci fait taire les reproches bien trop souvent faits au gansgta rap (apogée de la vie des gangs, autodestruction, non fonction sociale, manque d’esprit hip hop…). Bien entendu la vie quotidienne de la cité des Anges est dépeinte comme dans le bounçant « In traffic », bien sûr la mentalité des gangsters et leur indépendance ( par ailleurs toute américaine dans son côté macho cowboy) ne manque pas de ressortir dans « Down fa mine » ou « Represent ». Mais à côté « Trust nobody » invite à prendre du recul, « Who ridin’ » s’attaque à la police et à ses violences, « Givin’ it up » joue sur le second degré alors que « Keep tha peace » s’adresse aux « brothers who gang-bang » pour leur demander en frère de « stop the killin’ from west to the east ». Un couplet y est même dédié aux chicanos. Quant à « nuttin’ nyce » elle aborde avec lucidité la dure vie des noirs de L.A pris entre prison

“Step up to the real and take a spin
but no matter where it stops, the game is a no win
I’m tryina get closest to the down low without goin’ over
Oh yeah here comes an overload
Lord knows I don’t need another case
So it’s down to a foot race
Time I shoe-lace
and get the fence like curt timers
Yeah it’s on for today
Cause tomorrow ain’t promised”



Kam est un « real nigga » du ghetto de Watts, deux fois théâtre d’émeutes historiques mais aussi au cœur de la guerre des gangs. Son « Made in america » fournit un rap de qualité, une bande son historique qui a vieilli comme un grand vin, un témoignage sur son époque et des prises de position responsables. Les mauvaises langues et autres ignorants qui accusent le gangsta-rap de tous les maux devraient le connaître depuis dix ans. Vous aussi si vous êtes sensible au son de L.A…