Quand les députés de droite attaquent le rap français et la liberté d’expression


Quand les députés de droite attaquent le rap français et la liberté d’expression
Dans la continuité des actions judiciaires menées contre Sniper ou La Rumeur deux députés UMP ont entrepris à l’été 2005 une croisade contre la musique des sauvageons.
Article paru dans l'édition du 25 novembre 2005 du journal Le Nouvel Observateur (nouvelobs.com)
Le député UMP de la Moselle François Grosdidier a annoncé vendredi 12 août qu'il avait demandé au garde des Sceaux Pascal Clément d'engager des poursuites contre le rappeur Monsieur R et d'interdire la diffusion d'une de ses chansons, "FranSSe", et de son clip qui constituent, selon lui, "une incitation au racisme et à la haine". "La chanson et le clip du rappeur Monsieur R intitulés "FranSSe" et classés 'coup de cœur' par la Fnac constituent une incitation au racisme et à la haine", affirme le député dans un communiqué. Pour lui, ce "message, reçu par des jeunes déstructurés ou paumés de nos quartiers, peut légitimer chez eux au mieux l'incivilité, au pire le terrorisme".
François Grosdidier cite ensuite quelques paroles de la chanson incriminée qui contient des paroles injurieuses envers la France, qualifiée de "garce" et de "salope", l'Etat et la police. Il décrit ensuite le clip dans lequel, dit-il, "la France est représentée par deux femmes nues qui s'exhibent en se frottant au drapeau tricolore" et où "les amalgames tendent à assimiler la France au 3ème Reich". Le clip reprend aussi de larges extraits du discours de Jacques Chirac lors de son élection en 1995, ou encore d'une rencontre entre le président et le dictateur de RDCongo Mobutu. Cité par le journal Libération vendredi, Monsieur R se défend en affirmant: "quand je parle de la France, je ne parle pas des Français mais des dirigeants d'un Etat qui, de l'esclavage à la colonisation, nous exploite".
Qui est François Grosdidier ?
Extraits de sa biographie :
(disponible sur le site de M Grosdidier lui même, le très édifiant http://www.fgrosdidier.com/)
« Elu à 32 ans à l'Assemblée Nationale, il s'engage à fond pour Jacques Chirac et prend une part très active à sa campagne présidentielle, puis à la défense de l'action du Gouvernement d'Alain Juppé.
Président du Club 89 de Metz, il en devient alors le porte-parole national. Il entre dans la nouvelle équipe dirigeante du RPR comme secrétaire national à la sécurité.
Il travaille aussi activement pour sa région et sera chargé par le Premier Ministre Alain Juppé d'une mission sur la reconversion industrielle. En 97, dans cette circonscription urbaine ou ouvrière, il est battu de peu en triangulaire.
Retour à la vie professionnelle. Par ailleurs, il est l’un des animateurs de l’Association des Amis de Jacques Chirac et l’organisateur des “ Conventions du Renouveau “ dans toutes les régions de France.
Aux municipales de 2001, il s'attaque à la ville qui lui a été le plus hostile : Woippy, 15 000 habitants, 78 % de logements sociaux, commune socialo-communiste depuis 77 et où le FN “ cartonne “, laissant la droite républicaine toujours en queue de tiercé. Au terme d'une campagne musclée sur le retour de la sécurité, un autre urbanisme, une conception responsable de la solidarité et de l'insertion, il prend Woippy avec 62 %. »
Pour mieux situer cet ennemi du rap français qu’est Grosdidier il est utile de rappeler un événement récent, intervenu lors de la période décidément propice des émeutes de 2005 :
Extrait de http://www.presidentielle-2007.net/actualite/index.php/2005/11/30/46-grosdidier-gros-boulet
« Grosdidier gros boulet
Langue de P mercredi 30 novembre 2005 A droite #46 rss
Scène de racisme ordinaire aujourd'hui à l'Assemblée nationale, où le dérapage (incontrôlé?) du jour est signé François Grosdidier, député UMP de Moselle, qui a déclaré: "Dans ma commune, lors d'un mariage sur deux, l'Hôtel de ville résonne de youyous".
Dans une question au gouvernement sur les mariages blancs, Grosdidier, maire de Woippy (Moselle), continuait:
"Ce sont de formidables moments de bonheur, des moments de chaleur humaine que nous partageons avec les familles, mais pour plus d'un mariage sur cinq, il n'y avait que les futurs époux et les témoins, qui ne se connaissaient manifestement pas."
Grosdidier aurait-il décidé d'être candidat à la présidentielle? Ses propos rappellent en effet les déclarations sur le bruit et l'odeur d'un de ses célèbres prédécesseurs. Ou serait-ce la nostalgie qui le pousserait à essayer de rallumer le feu dans les banlieues?
L'UMP droitise son discours ces derniers temps. Au point que Jean-Marie Le Pen, sans doute inquiet de se faire déborder sur sa droite, a ressorti son "détail de l'Histoire" dans une interview à la BBC lundi dernier.
Vers une candidature unique UMP-FN en 2007? Une union qu'on ne pourrait en tous cas pas taxer de mariage blanc tant certaines de leurs idées se ressemblent. »
Les épisodes de Mr R et des Youyous n’ont pas suffit à placer suffisamment à droite celui qui à se placer devant le FN dans sa circonscription. Echauffé par les récentes émeutes urbaines, le donneur de leçons en chef a entrepris de chercher dans le rap français les responsables d’un désordre certainement inacceptable à ses yeux…
« Mais François Grosdidier ne s’est pas arrêté là. Avec l’aide de son fils et de « jeunes de sa circonscription », il a fouillé Internet et exhumé, çà et là, d’autres déviants du même acabit : le chanteur Smala, le groupe Lunatic, le groupe 113, les rappeurs Fabe et Salif ainsi que le groupe Ministère Amer. Un choix surprenant : à part 113 (deux victoires de la musique au palmarès), tous les autres n’ont pas sorti de disques depuis plusieurs années. Qu’importe ! Pour Grosdidier, qui souligne que les chansons sont encore diffusées, tout est clair. Ce genre de paroles, « reçues par des jeunes destructurés », peut créer « un sentiment de révolte contre la France, l’Occident, voire légitimer la vocation terroriste ». Rien que ça. »
Il a ensuite décidé de passer à la vitesse supérieure en entreprenant de convaincre un maximum de ses homologues à tenter de censurer des rappeurs français non conformes à leurs idées bien à droite.
Par Vitraulle Mboungou
Le député de l’Union pour la majorité présidentielle (UMP, droite) François Grosdidier a remis le 22 novembre dernier six questions écrites au ministre de la Justice, Pascal Clément, pour demander des sanctions judiciaires contre sept groupes de rap. Soutenu par une coalition de 152 députés et 49 sénateurs de droite, il les accuse de faire « le commerce du racisme au lieu de l’antiracisme ». (…) « Le rap de ces artistes n’est pas un type de musique qui s’adresse à un public averti (...) et qui est en mesure de prendre des messages au deuxième, au troisième ou quatrième degré. Dans les facteurs qui ont conduit aux violences dans les banlieues, cela en fait partie », a affirmé le député.
« Outrage aux bonnes mœurs »
François Grosdidier et un autre député UMP des Pyrénées-Orientales, Daniel Mach, stigmatisent les paroles d’un rappeur en particulier : Monsieur R. Ils ont déposé contre lui, une plainte pour « outrage aux bonnes mœurs » en août dernier. La phrase incriminée : « La France est une garce, n’oublie pas de la baiser jusqu’à l’épuiser, comme une salope il faut la traiter ‘mec’ », phrase extraite de la chanson « FranSSe » de l’album Politikment Incorreckt. Cette plainte sera examinée le 6 février 2006 par le tribunal de Melun. Le rappeur originaire de Combs-la-Ville, en Seine-et-Marne, risque trois ans de prison et 75 000 euros d’amende s’il est prouvé que sa chanson et son clip sont accessibles aux mineurs, a indiqué le président du tribunal lors d’une audience technique. Par ailleurs, Daniel Mach avait déjà déposé, en septembre dernier à l’Assemblée nationale, une proposition de loi visant à « instaurer un délit d’atteinte à la dignité de la France et de l’Etat ».
Zoom sur cette proposition de loi hautement liberticide. Bienvenue dans le totalitarisme républicain où on est libre de se conformer et de le dire :
Extrait du site de l’assemblée nationale : (http://www.assembleenationale.fr/12/tribun/fiches_id/267224.asp)
N° 2532
Enregistré à la Présidence de l'Assemblée nationale le 28 septembre 2005.
PROPOSITION DE LOI
visant à instaurer un délit d'atteinte à la dignitéde la France et de l'Etat,
(Renvoyée à la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l'administrationgénérale de la République, à défaut de constitution d'une commission spéciale dans les délaisprévus par les articles 30 et 31 du Règlement.)
PRÉSENTÉE
par MM. Daniel MACH et Jean-Paul GARRAUD
Députés.
EXPOSÉ DES MOTIFS
Mesdames, Messieurs,
Au mois d'août 2005, les français ont pu découvrir, dans le commerce ou sur Internet la chanson de « Monsieur R » intitulée « FranSSe », issue de son album « Politikment incorrekt » et susceptible d'être diffusée sur les ondes.
Les paroles de ce titre sont édifiantes : « La France est une garce, n'oublie pas de la baiser jusqu'à l'épuiser, comme une salope, faut la traiter mec..., je pisse sur Napoléon et le Général de Gaulle... La France est une mère indigne qui a abandonné ses fils sur le trottoir sans même leur faire un signe ». La bande vidéo de cette chanson est à l'avenant, et les internautes ont pu découvrir avec effarement des femmes dénudées se frottant de façon indécente au drapeau français...
Ces propos sont indiscutablement une atteinte à la dignité de l'Etat et de notre pays. La sauvegarde de notre pays, de notre démocratie et de nos valeurs républicaines est en jeu !
S'il n'est pas question de remettre en cause la liberté d'expression, vivre dans une démocratie libérale ne signifie pas vivre sans limite. Les Lumières du XVIIIe siècle nous ont, en leur temps, appris que la liberté de l'individu s'arrêtait là où commençait celle des autres individus, et la cohésion de la collectivité.
Des législations récentes ont classé parmi les délits, les discriminations raciales, sexuelles, et morales. Il serait incompréhensible que ce renforcement légitime de la protection de la dignité des personnes ne s'accompagne pas d'une protection de notre pacte républicain et de notre société.
C'est afin d'éviter la propagation de discours de haine menaçant la cohésion nationale que le législateur, au regard de l'inadaptation de notre droit pénal, se doit d'intervenir en créant un délit d'atteinte à la dignité de l'Etat et de la France.
Tels sont, Mesdames et Messieurs, les objectifs de la présente proposition de loi.
PROPOSITION DE LOI
Article unique
Le chapitre Ier du titre III du livre IV du code pénal est complété par une section 5 ainsi rédigée :
« Section 5
« Des atteintes à la dignité de la France et de l'Etat
« Art. 431-22. - Constitue une atteinte à la dignité de la France et de l'Etat, toute insulte, toute manifestation de haine, publiée, mise en ligne sur Internet, télévisée ou radio-diffusée, proférée à l'encontre du pays, de ses personnages historiques, des dépositaires de l'autorité publique ou de ses institutions.
« Constitue une atteinte à la dignité de la France et de l'Etat, le détournement du drapeau national.
« Art. 431-23. - L'atteinte à la dignité de la France définie à l'article 431-22, commise à l'égard d'une personne physique ou morale, est punie de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende. »
Qui sont Daniel Mach et Jean-Paul Garraud, à l’origine de cette proposition de loi?
Le premier, député des Pyrénées Orientales, entré en politique en 1989, est la brute épaisse de la droite réactionnaire populaire qui joue de son énergie, de sa détermination et de son image pour séduire un électorat local en mal de gagneur démago. Le fils de CRS devenu cadre commercial aux ciments Lafarge Daniel Mach ne manque pas de mettre en avant qu’il a pratiqué la boxe et le rugby. Il énonce clairement qu’il est « anticommuniste primaire » et figurait sur la liste Blanc aux Régionales, qui fut élu à la présidence avec les voix du FN.
Il a exposé ses objectifs au journal l'Indépendant le 2 sept : « Notre objectif est double : faire retirer le CD de la vente et, si jamais nous sommes déboutés, faire évoluer la justice pour combler un vide juridique ».
Le second, député UMP de Gironde et magistrat, entré en politique en 2001 est plutôt le dangereux juriste méthodique employé à faire triompher pas à pas ses idées grâce au système législatif français. Il appartient aux députés qui pensent que leur rôle est à Paris, où les lois se préparent et se votent, et tant pis si on ne les voit que peu dans leur circonscription. Sarkozien proche d'Alain Juppé et de Philippe de Villiers ("ce sont des amis") il est déçu que le projet constitutionnel européen n'ait pas retenu le concept de "racines chrétiennes". Avec ses conceptions de la France le combat contre les émeutiers n’est pas son premier fait d’armes. Au moment de la loi contre l’homophobie il avait proposé un amendement limitant les possibilités de se porter partie civile aux seules associations reconnues d’utilité publique. Or, quel hasard s’étaient indignés certains homosexuels, aucune association féministe ou lesbienne, gay, bi, trans (LGBT) n’a ce statut, octroyé au compte-goutte !!
En 2003 il a également fait très habilement voter un amendement créant le délit d’Interruption Involontaire de Grossesse qui constitue un pas important dans la remise en cause de l'avortement.
Le site des Mutants ( www.lesmutants.net ) détaille cette adoption :
« Le 27 novembre 2003, les députés français ont adopté un amendement déposé par Jean-Paul Garraud créant le délit d’interruption involontaire de grossesse, puni d’un an d’emprisonnement de 15.000 euros d’amende. L’interruption involontaire de grossesse (IIG) est caractérisée si elle résulte d’un acte commis par “ maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de sécurité ”.
Jean-Paul Garraud n’en est pas à son premier coup d’essai puisqu’il avait déjà tenté de déposer un projet de loi en ce sens le 23 mai 2003, projet qui avait été abandonné du fait de la vive opposition de la Commission des Lois du Sénat. Cette fois, le député Garraud s’est affranchi de cette étape en évitant la première lecture au Sénat et en déposant son amendement en deuxième lecture d’une loi sur l’évolution des peines en matière de criminalité.
Le motif avancé par Jean-Paul Garraud pour justifier la création du nouveau délit d’IIG est l’existence d’un supposé “ vide juridique ”. Mais ce vide n’existe que dans son esprit. Lorsque des tribunaux ou des cours sont par exemple confrontés aux cas des femmes enceintes ayant perdu leur fœtus à la suite d’un accident commis par un tiers à l’imprudence caractérisée, les peines tendent à être plus lourdes que celle habituellement prononcées. Ce qui est puni plus sévèrement ici n’est pas la perte du fœtus (l’interruption de grossesse), mais les dommages psychologiques de la femme. »
Gone, février 2006. Suite à paraître très prochainement

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