samedi, avril 08, 2006

West Coast ain't Hip Hop? Lil Uno : The streets



Lil Uno : The streets:

Note 7/10

Prod : Shysti, V.M.F…
Sortie : 07/02/2006
Format: CD
Label : Toltec

Tout d’abord ôtons nous des divers doutes qui peuvent venir à la vision de la pochette:
-Premièrement Lil Uno est bien Mr Lil one, le vétéran du rap latino de San Diego qui a débarqué en 1996 avec « Once in a decade », nous avait gratifié du mémorable Karma en 2000 et n’a pas ralenti sa production depuis, enchaînant à un rythme très soutenu albums solos et compilations de titres plus ou moins réédités.

-Deuxièmement Lil Uno a changé de nom mais pas de flow, faisant toujours preuve d’une dynamique et d’une énergie dont il a fait sa marque de fabrique. Sur des titres uptempo comme « My dogs », « Boogie Man » ou « Ain’t givin it up » on retrouve le débit haché à l’extrême et la voix assurée de celui qui n’excelle peut être pas dans les exercices de style mais sait se faire reconnaître et faire naître chez l’auditeur un sentiment d’évidence : Lil Uno n’est pas là par hasard mais parce qu’il sait transmettre son assurance et son énergie.

-Troisièmement : pas d’arnaque “The streets” est composé de nouveaux titres ( hormis “They call him Lil one » )

-Enfin « The streets » est un titre utilisé à tort ou à raison au point d’en être galvaudé mais ici il a le mérite de n’être pas usurpé comme chez certains rappeurs de MTV. Mr Lil One doit sa longévité à sa propension à se faire reconnaître et apprécier des rues, c’est à dire d’une clientèle de latinos et de gangsters qui n’attendent pas après les grands médias pour s’identifier à un rappeur qui décrit leur quotidien.

La pochette de « The streets” est finalement assez représentative de ce qu’apporte l’album. Un Mr Lil One dont le rap a peu évolué mais qui a su mieux l’habiller pour le moderniser et le faire passer à un niveau supérieur. Les fanatiques du gangster à l’extrême regretteront certainement l’apparition de ballades que les titres de 2004 avec Baby Bash avaient déjà laissé présager. Mais qu’ils se rassurent, quoi que légèrement plus orienté à l’attention des chicas, Lil One n’est pas tombé dans le RnB à l’eau, et on retrouve son univers de gangster dans des titres comme « My dogs » ou « Boogie Man » . Ses lyrics rappellent souvent à s’y méprendre ceux de Knightowl dans sa manière de s’adresser aux ennemis, haters et autres losers qui vont regretter de s’être confronté à lui. « Cali Sicko » est très représentative de ce style de discours autour desquels Lil Uno construit ses raps depuis des années.

A ce titre « Martin » qui s’adresse à une ami décédé, « « donnent une respiration à l’album, apportant une variété aux thèmes

« the lights, the music, the camera, the action
back in 96, and everybody askin’
once in a while baby, you know what the deal is
triple OG to the game when you feel this
I don’t need to lie and and I don’t wanna die
I do it for the family and toast to the sky
Wrote my own chapter, hopefully u’ll read it
Lil Uno baby, believe it”

Lui qui était capable de produire des albums exclusivement hardcores et presque effrayants par leur agressivité a fait en 2006 le choix d’alterner ballades et défoulements, titres rue et radio ciblant certainement plus la gente féminine latino de plus en plus consommatrice de rap latino (Baby Bash, Brown Boy, Mr Capone E, NBK…)

Quant à la production instrumentale de l’opus 2006 de Uno, elle est une surprise par sa diversité et ses nouvelles voies et une réussite par sa composition et sa qualité. « Martin » est une reprise mais elle est très bien jouée dans le pur style des guitares mexicaines, les basses de Shysti ronronnent délicieusement sur « Boogie Man » ou « Spend some time » et « The Streets » est un pur joyau, reprenant avec un talent bluffant un « oldies » des Four Tops cher aux OG’s…

Quoi qu’ayant sensiblement évolué dans sa formule pour ses 10 ans de carrière musicale, Lil One est fidèle en musique et il s’entoure d’une équipe qui varie peu. Ceux qui le connaissent ne s’étonneront pas de retrouver le talentueux Big Young ou Shysti (prochaine sortie du label), mais aussi Michelle Ambriz, une choriste à la voix pure, profonde et apaisante qui contraste avec la dureté inaliénable de Uno. Il semble qu’il faudra compter désormais avec le vocaliste masculin Chag G. Les connaisseurs s’étonneront encore moins de la présence d’un pilier du son de San Diego qui a fait le bonheur absolu de nos oreilles aux côtés de Mr Shadow, Nuttz ou de The Relativez. Ainsi neuf titres sont produits par le légendaire V.M.F toujours capable de titres « patate » sur lequels Lil One a construit toute la première partie de sa carrière ( « Ain’t givin’ it up » ou « Let me know » ). Mais V.M.F se renouvelle en retravaillant des reprises en « slow- motion ».

Finalement l’album « The streets » est certainement un des plus accessibles de la carrière de Lil One mais il reste destiné à ceux qui peuvent apprécier le rap latino du sud de la Californie. Où Jay Tee, Don Cisco, Mr Shadow ou Knightowl séduisent un public beaucoup plus large, Lil Uno risque de plaire principalement aux français qui ont une sensibilité chicano. Pour les autres il est préférable de se retourner vers l’inoubliable « Karma », le seul album signé sur un label non latino (et réédité depuis).