samedi, avril 08, 2006

West Coast ain't Hip Hop? Too Short : Pimpin’ Incorporated (Street CD & DVD)


Too Short : Pimpin’ Incorporated (Street CD & DVD)
« Quel rappeur est parti en tournée avec Eazy E avant de collaborer avec Notorious B.I.G et 2 Pac de leur vivant ? »

note 7/10

Prod : Non déclarée
Sortie : Jan 17, 2006
Label : Up all nite
Format: CD+ DVD

Quel rappeur encore en activité en 2006 peut se targuer d’avoir sorti ses premières tapes en 1981 ? Quel rappeur au monde a sorti quinze albums pour des ventes par millions ? Quel rappeur est parti en tournée avec Eazy E avant de collaborer avec Notorious B.I.G et 2 Pac de leur vivant ? Quel rappeur a fait rêver E40 d’une collaboration pendant dix ans, soufflé le mot « beeaaaatch » à Snoop et lancé la mode du rap de pimp avant même U.G.K? Quel rappeur a mis la baie sur la carte avant de s’imposer dans le sud ? Quel rappeur a découvert Lil Jon en 1997 et l’a fait connaître ?

Pas besoin de chercher, même Dr Dre, Scarface ou Erick Sermon n’ont pas le même C.V… Too Short n’a plus rien à prouver et pourrait prendre sa retraite. Il l’avait prévu en 1996 mais est revenu en chantant « I won’t stop rappin’, I don’t stop rappin’, I make too much money bitch I can’t stop rappin’, I live the fast life of a M.C and I sell a lot of records makin’ pimp beats!”

Too Sheezy avait plus ou moins disparu de nouveau depuis son dernier album en 2003 mais il n’a pas résisté et le voilà avec un nouveau format CD et DVD dont le titre ne pouvait être mieux choisi, « Pimpin’ Incorporated »

Etant donné le respect que l’on doit au personnage, il aurait été préférable d’attendre l’album promis par le maestro pour le juger sur un format plus noble et certainement plus travaillé. Mais l’attente a été trop longue depuis 3 ans, le manque de tracklist et d’écoute crée l’interrogation et puis même ceux qui ne sont pas fans se demandent ce qui se cache derrière un casting comme celui de la pochette. Jugeons donc le projet comme il est, une mixtape.

« Pimpin’ Incorporated » se déclare mixtape (Too Short dit lui même « It’s Pimpin’ Incorporated, the mixtape, shit you ain’t never heard before » ) mais ressemble plus à ce que les français appellent un street-cd destiné à alimenter le buzz avant l’album dans le sens ou Short Short et ses acolytes officient sur des beats originaux. Le tout est enchaîné et agrémenté de commentaires du Mack from the O’. Quant à la couverture elle dit vrai, toutes les stars mentionnées (sauf le pantin P. Diddy ) posent des flows inédits plus ou moins anciens !

Alors album du siècle ou arnaque ? Ni l’un ni l’autre pour être direct. Pimpin’ Incorporated est un produit très honnête qui donne du Short à ceux qui ne voulaient plus attendre sans jamais atteindre la qualité de ses légendaires albums trop longs à énumérer… Ceux qui l’attendent avec un style d’Oakland appuyé de son classique Ant Banks seront déçus, ceux qui sont prêts à l’attendre sur des beats plutôt sudistes accompagné de stars du rap U.S en auront pour leur argent.

Evidemment Too Short n’a rien perdu de sa voix reconnaissable entre 1000, de son flow simplissime mais inimité et indémodable ou de ses lyrics incroyablement insolents.

“I fuck your bitch till her pussy hurts
then dig in her purse and show her what it’s worth
I don’t even know why u would sponsor that hoe,
Cause all she said she likes to do is find a lil’ smoke
Bitches do that for free, u ain’t know
They won’t never charge me, u must be slow!”

Quelque soit la présence, l’expérience et la célébrité de ses invités la chanson reprend son cours quand il prend le microphone. Il serait superflu de décrire sa manière de rapper plus avant étant donné que tout amateur de rap U.S a certainement un de ses featurings sur une compilation, un disque de E40, de Daz ou de Biggie. Dans le cas contraire choisissez un de ses cinq derniers albums et laissez vous convaincre.

Les productions, quant à elles ne sont créditées nulle part. On peut néanmoins deviner qu’elle viennent majoritairement d’Atlanta étant donné leur son électrique plutôt crunky. Erick Sermon, proche de Sir Too Short depuis bien longtemps, qui officie sur « Buy u some 2 » a certainement fourni son beat à consonance funky. Le simplissime « I’m wit’ it », le décevant « Cootie Cootie coo » et l’excellent « We want it » marquent également leur différence. Une bonne partie des instrumentaux n’auraient pas dépareillé dans un album moyen de la région d’ATL, et ce sur ce point le Cd est beaucoup plus intéressant qu’une mixtape reprenant des succès entendus trop de fois.


On doit reconnaître que l’incroyable Too Sheezy a réuni une équipe impressionnante sur son album. Les performances sont assez inégales, allant du freestyle de mixtape au véritable single potentiel en passant par des titres de seconde zone. Parmi les meilleures on remarquera C Bo, UGK, Jay Z, Chyna Whyte et Erick Sermon, autant d’artistes avec lesquels il avait déjà collaboré avec succès.
Dans le choix des feats on regrette le peu d’invités de la baie. On aurait tellement aimé entendre des rappeurs et des producteurs d’Oakland, pourquoi pas des vétérans comme The Delinquents, Spice One ou Richie Rich dont les styles se combinent à merveille avec celui de Short. Ou bien des nouveaux venus comme Mista FAB ou Quest…

Quant au DVD joint il a le grand mérite de montrer une légende du rap trop boudée par les médias traditionnels. Malheureusement il ne contient que deux minutes de rap en studio comme toute séquence musicale sur 48 minutes de film. Le reste consiste à une leçon de pimpin’ par Short et quelques invités du milieu. Le tout est très difficilement compréhensible mais aborde les relations avec les différentes catégories de hoes, bitches et autres sluts qui doivent être vues comme de véritables money-makers par ceux qui se prétendent Pimps. Le premier M.C a avoir disséqué le pimp-game en rimes tient ici à marquer sa différence avec les hordes de rappeurs qui se sont récemment lancés sur ce nouveau créneau sans aucune crédibilité. Quoique plutôt bien monté et avec des images de qualité suffisante, le film manque de matière et aurait mérité quelques sorties dans la rue et plus de rencontres avec des macks. Certaines scènes tendent à s’éterniser alors qu’elles n’ont aucun intérêt et laissent un sérieux doute sur la qualité du volume 2 déjà annoncé…

Too Short est mille fois légitime à revendiquer sa couronne de pimp-rapper, mais il le fait encore mieux dans ses lyrics, ceci dès le premier titre du cd, dans « Hard on a bitch »
“But u ain’t though if u can’t flow
She’s a pro, but u ain’t no
U so soft, u ain’t pimpin’ these hoe’s
U take ‘em to the mall and buy expensive clothes
And let her buy the bar so u can say u fuckin’
She disrepects u and don’t pay you nothin’
But that’s you, cause if it was me
She would come to the table with a meal to eat”

Rendez-vous pour le prochain réel album de Too Sheezy et attendant “Beeeatch!”