mercredi, juin 28, 2006

Ice Cube, Smile now, die later (Review)


Ice Cube
Smile now, cry later


1 Cd


Dans un rap toujours plus compétitif où L.A a une place peu reconnue, Ice Cube a t’il encore les armes pour faire trembler la planète ? Alors qu’il appartient à une génération dont beaucoup n’ont plus accès aux plus grosses scènes, alors qu’il passe plus de temps à Hollywood qu’à South Central, alors que le rap de sa côte ne suscite plus l’intérêt des grands médias depuis bientôt dix ans, Cube peut il encore faire mal comme il l’a fait avec NWA, en solo ou avec la Westside Connection ? Lui y croit et a décidé de monter son propre label (Lench Mob Records) pour servir son premier solo depuis le monumental War & Peace Vol 2 de 2000…

La couleur est vite donnée. Plus de " You know how we do it " ou de " Gangsta Nation ", "Smile now, cry later" est truffé au gros son, aux beats qui claquent fort dans les haut parleurs d’un lowrider cabriolet. Les percussions résonnent et les synthés ne jouent pas dans la discrétion. L’ex NWA veut se défouler, rapper véner’, être écouté fort et exprimer une puissance et une énergie débridées. On réalise donc vite qu’il n’a pas perdu son flow reconnaissable entre mille et qu’il prend toujours son pied à se confronter au micro pour un corps à corps sans concession. Le Predator n’est pas comparable à un Quik, à un Snoop ou à un Warren G. Il est à l’opposé du velours dans lequel les rappeurs laid back enveloppent leurs rimes. Il fronce les sourcils, gonfle la poitrine, serre les poings et donne de la voix comme s’il haranguait des manifestants. Il ne semble pas s’attendre à ce qu’on l’écoute dans ses instants de détente, il veut plus certainement rythmer les rodéos illégaux, les combats de pitbulls ou les stades pleins à craquer.

Mais avoir un flow et une énergie intacte est une chose, avoir des sujets percutants à aborder en est une autre quand on est devenu un acteur à Hollywood. D’autant plus que Don Mega a une carrière de lyriciste à honorer, après avoir tour à tour donné dans la première vague du gangsta rap, dans le pro-black, dans les émeutes de 92, dans la guerre east-west ou dans le dénigrement de la vague des Pimps dans le rap. Dans " Smile now, cry later" le cube de glace prend le parti d’une certaine diversités des thèmes, passant de l’égotrip (" Doin' What It 'Pose 2Do " et le médiocre " The Game Lord " ) aux titres de club ( " Steal the show " pour les homies, " You gotta lotta that " pour les G’zettes) et de son hymne pour fumeurs (Smoke some weed) à une conscience gangsta qui rappelle celle de son ex-partenaire de rimes Mc Ren (" Why we thugs " et " the nigga trap "). Il revisite aussi quelques grandes étapes de sa carrière dans " Growin up " ( qui mériterait une suite abordant d’autres étapes) après avoir donné dans la mode du moment, la chanson facile sur les balances (Stop snitchin).

Contrairement à d’autres icônes de MTV " the nigga that ya love to hate " parvient globalement à trouver un positionnement crédible et plutôt habile. Il aborde souvent des sujets qui peuvent le toucher (les joints, les filles, les lowriders, les soirées, les autres rappeurs) et parle du ghetto avec un certain recul qu’on sent bienveillant. Alors qu’il aurait été illégitime en chroniqueur du quotidien des rues californiennes, il est convaincant en " seasoned veteran ". Comme si en quinze ans il avait abandonné le rôle du gangster de Boyz N the Hood pour celui du père qui voit le ghetto comme résultat de manipulations des gouvernants. Dans "Why We Thugs" il rappe :

" They give us guns and drugs
Then wonder why in the fuck we thugs
They wanna count the slugs
Then come around here and fuck with us (Uh huh)
It's boyz in the hood, it's toys in the hoodY'all wanna know why there's noise in the hoodCause there's drugs in the hood, thugs in the hoodNigga killed a crip and a blood in the hood (For real)Cause when niggaz get tribalIt's all about survival, nobody liable"


Dans "the nigga trap " son commentaire est plus politique :

"Got my niggaz in prison, all stuck in the system yeahRecognize who's a hustler, George DubyaHe's the one that's sittin back, fuckin yaWith a big dick stuck in ya"
Sans être visionnaire ou précurseur comme il le fut à plusieurs reprises dans sa carrière, Ice Cube confirme qu’il est toujours un poids lourd du rap us. La retraite rapologique est hors de propos pour celui qui affiche sa fierté d’écrire toujours ses lyrics et conclut " Growin up " en clamant :
" just because I’m actin’, nigga never stop rappin’
it’s in my blood homey, I’m a keep the party crackin’
money keep stackin’ till they put me in a casket
who you think you fuckin’ wit? Here’s another classic!"


Une question subsiste, le dernier Cube a plus le goût de Los Angeles que les derniers albums de Snoop, The Game, Warren G ou Mack 10 ? Son nom, son imagerie, le nom de son label et son intro le laissent présager. Mais Swizz Beats, Lil Jon, Scott Storch ou Dj Green Lantern s’arrogent un bon tiers des prods alors que les peu connus Emile ou Teak & Dre l’autre tiers. Il ne reste donc que le reste pour Laylaw & D Maq ( proches de Above the Law lors de leur première partie de carrière) ou Budda (exposé lors du premier Westside Connection). La saveur de l’album s’en ressent, les caractéristiques funky du son westcoast laissant très souvent la place à une formule beaucoup plus universelle et peut être vue comme plus susceptible de séduire en dehors de la Californie. Il est édifiant de découvrir que Cube n’a fait appel qu’à une seule chanteuse et que Snoop le rejoint… sur des instrumentaux de Lil Jon ! Ni Sir Jinx, ni K Dee, ses deux partenaires de CIA en 1985, ni les ex NWA, ni les ex Lench Mob qu’il a abandonnés depuis longtemps, ni les membres du Westside Connect Gang (sauf WC) ne sont plus à ses côtés. Après Lench Mob, Mack 10 et Mr Short Khop on ne découvre pas non plus son nouveau protégé local…
Les remarquables " Steal the show " et " Spittin pollaseeds " (avec Kokane et WC) font alors figure d’exception dans un album aux productions efficaces mais peu funky. Démarche que l’on peut comprendre en feuilletant de nouveau le livret excessivement complet du War & Peace Vol2 dans lequel O’ Shea Jackson laisse entendre que la formule de ses disques parus entre " Death Certificate " et " War & Peace Vol1" était orientée vers les goûts d’un public demandeur de G Funk. C’est difficile à entendre pour les amateurs de son L.A mais Cube se retrouverait plus dans un " Amerikkka’s most wanted " produit par le Bomb Squad que dans un " Lethal injection ", pilier incontournable de la G Funk…

Depuis deux ans, pour du " son L.A " il vaut décidément mieux se méfier des stars médiatiques du coin et chercher vers Suga Free, Bad Azz, Frost, Daz et des dizaines d’artistes moins connus. Ou peut être vers le prochain WC sur Lench Mob Records !



Gone