Tha Blue Carpet Treatment: review

Snoop Dogg
Tha Blue Carpet Treatment
Doggy style records / Geffen
Sortie le 21 novembre 2006
Producteurs: Battlecat, Dr Dre, Pharrell, Rick Rock, Timbaland, Akon, Fredwreck, Rythm D…
1 Intrology - Featuring George Clinton
2 Think about it
3 Crazy - Featuring Nate Dogg
4 Vato - Featuring B-Real
5 That's that S**** - Featuring R. Kelly
6 Candy (Drippin' like water) - Featuring E-40, MC Eiht, Goldie Loc, Daz and Kurupt
7 Get a light - Featuring Damian "Jr Gong" Marley
8 Gangbangn 101 - Featuring The Game
9 Boss'life - Featuring Akon
10 LAX - Featuring Ice Cube
11 10 Lil' trips
12 Round here
13 A B*** I knew
14 Like this - Featuring Western Union (Damani, Soopafly, Bad Lucc), Latoiya Williams & Raul Midon
15 Which one of you - Featuring Nine Inch D**
16 I wanna f*** you - With Akon
17 Psst - Featuring Jamie Foxx
18 Beat up on yo Pads
19 Don't stop - Featuring War Zone (Goldie Loc, Mc Eiht & Kam) and Kurupt
20 Imagine - Featuring Dr Dre & D'Angelo
21 Conversations - Featuring Stevie Wonder
Avec plus de 17 millions de disques vendus et 15 ans de carrière, qu’est ce qu’un Snoop peut encore prouver ? Qu’est ce qu’un de ses albums peut il encore amener ? Loin des triviales questions de business Gold ou platine et des problématiques d’Hollywood, il faut replacer Snoop dans l’échiquier du rap pour mesurer les enjeux de Tha Blue Carpet Treatment . A la mesure de sa longévité et de sa versatilité, Snoop est multi-facette dans le show business. Mais ses deux principaux rôles dans le rap sont aisément identifiables :
-il est le plus vendeur des gangsta rappeurs californiens régulièrement actifs, encore vivant et encore en liberté,
-il appartient au club des vétérans du rap qui trustent encore régulièrement le sommet des charts mondiaux.
Ces deux clés de lecture permettent de déchiffrer le dernier opus du D.O double G et d’établir si il a vraiment secoué l’industrie comme on peut le faire quand on a son statut et s’il peut prétendre à se voir déroulé le tapis bleu…
Comme récemment exposé dans la chronique de So so gangsta de Daz, Snoop a pris a bras le corps le sort du rap west coast en 2006. De sa conférence à Cali iz active et à sa mémorable interview à DubCNN. Il a déclaré avoir décidé d’assumer son rôle d’emblème et de figure de proue (voire de tête de gondole…) Dans cette partie d’échecs jouée pour ramener les lumières médiatiques sur la West Coast, Tha Blue Carpet Treatment doit être une étape absolument décisive. Annoncés depuis longtemps, beaucoup des choix de son album sont instrumentaux dans sa stratégie d’unification et de pacification de la west-coast. Vato était ainsi la chanson destinée à calmer les tensions raciales entre blacks et latinos californiens, véritable gangrène venue des prisons et attisée par la Police elle même dans les rues californiennes. " Gangbang 101 " avec The Game un appel à rapprocher les Bloods et les Crips. Candy, Like dis et " Don’t stop " des titres pensés pour mettre en lumière les nouvelles signatures du label de Snoop, volontairement issues de villes et de générations différentes pour rappeler la richesse du rap californien et pousser à son unité. Et les titres avec Dre prévus pour ramener celui-ci au fur et à mesure à ses premières amours, peut être la meilleure chance de la Californie d’intéresser de nouveau les médias rap. Mais aussi la mission la plus impossible de Snoop…
Snoop n’a pas menti, il a inclus ces titres et ces featurings sur son album, agissant en véritable parrain. Il a remis de la west-coast dans son rap en donnant de l’exposition à d’autres rappeurs californiens, mais il est loin d’être revenu à la première période de sa carrière pendant laquelle il parvenait à placer aux sommets des charts des albums entiers de G Funk. De Doggystyle à " The Last Meal ", un album de Snoop contenait presque infailliblement des instrumentaux des meilleurs producteurs de la G Funk et ses invités appartenaient à la crème du gangsta rap de L.A. Il faisait de la G Funk des succès commerciaux, comme un Warren G. En 2006 il n’a pas repris cette direction, il a fait un patchwork entre plusieurs tendances. Son album contient un tiers de rap pour MTV à la 50 Cent comme Snoop en faisait sur ses deux derniers albums (producteurs et featurings dans la tendance, formatage radio…) Il y a ajouté une majorité de rap west coast aux productions modernes dans le sens où elles prennent leurs distances avec l’influence funk traditionnelle en Californie pour se rapprocher de tendances sudistes ou de la Virginie de Timbaland et des Neptunes. Et le G Funk reste relégué à quelques titres exceptionnels.
En 2006 il n’y a qu’un pas à ce que nous apparaisse courageux d’inclure de la west coast dans un album de Snoop ! Soyons sérieux, Tha Blue Carpet Treatment est un beau geste pour les rappeurs de L.A signés par Snoop, leur fournissant une plate forme vers le grand public. Mais il ne ramène pas le son west coast sur le devant de la scène…
Reste à nous intéresser au second rôle du Dogg sur l’échiquier du rap mondial : son statut d’ancien qui vend. Les plus grandes ventes du monde sont faites par des catégories de rappeurs américains très différentes: des nouveaux venus comme T.I, Lil Flip ou the Game, des carrières installées (50 Cent, Eminem…) et quelques rappeurs ayant explosé il y a plus de 10 ans comme Busta Rhymes ou Snoop. Quant aux rappeurs des années 80 comme Ice Cube, LL Cool J ou Too Short, ils sont plutôt rares.
Les " anciens " appartiennent à une époque du rap où les featurings étaient peu répandus en dehors de l’entourage immédiat. A une ère où le Dj du groupe réalisait la majorité des instrumentaux ( Eric B, Pete Rock, Pimp C, Dj Premier…). La mode pouvait être à un son ou à un sujet, mais l’album était réalisé par le groupe et son équipe. Puis à la fin des années 90 sont apparus les producteurs à succès qu’on sollicitait de tous côtés, les vocalistes qui garantissaient les succès radio et les invités qui boostaient les ventes. Il est alors devenu presque impossible de trouver un album de major qui ne réponde plus à cette règle. Quelque soient les reproches qu’on puisse lui faire, le Sud a récemment construit une part de son succès sur une formule plus originale. Cash Money, No Limit, David Banner, Lil Flip, Mike Jones ou Lil Jon ont atteint la première place des ventes sans faire appel aux Neptunes, Timbaland, Swizz Beats et autres Dr Dre de rigueur. Snoop en est il encore capable ?
Tha Blue Carpet Treatment répond non. Snoop n’a pas su ou voulu se lancer sans ses titres produits par the Neptunes et Timbaland ni sans ses " hits radio " avec Akon, R Kelly et Jamie Foxx. Comment pourrait-on admirer sa démarche artistique alors que des Yung Joc, E 40 ou Paul Wall moins établis prennent plus de risques sur leur album en major ? Alors que lui même sortait ses albums ou ceux des Eastsidaz sans en faire un patchwork des noms en vogue dans l’industrie…
La superstar de Long Beach a eu la générosité et la classe d’inviter Kam, Damani ou Mc Eiht sur un projet qui va se retrouver dans des millions d’oreilles. Il a ramené une touche de gangsta dans son rap et remis son label au centre de ses préoccupations. Mais il a eu peur de faire un opus marqué d’une couleur sonore. " Tha Blue Carpet Treatment ", comme sa démarche est donc mitigé. Il contient des titres divers, avec des formules plus ou moins heureuses. Il remplira son rôle dans les radios dans les ventes (plus d’un demi-million en 3 semaines). Peut être parviendra t’il aussi à dynamiser l’intérêt des médias pour le rap de L.A, d’autant plus qu’il a été bien accueilli par la critique américaine. Les inconditionnels du flow de Snoop et ceux qui aiment son image de bad boy qui a réussi seront très probablement séduits. Mais les oreilles qui aimaient Doggystyle, Tha Last Meal ou les Eastsidaz resteront sur leur faim…

1 Comments:
You write very well.
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