South Side ain't Hip Hop? SLAB : The Anthem

SLAB : The Anthem
Qu’est ce qui fait la force de Houston ? Une identité propre jamais abandonnée, jamais négociée et jamais cachée. Depuis les premiers Geto Boys, depuis le premier UGK, depuis le premier ESG, depuis le premier Lil Keke… Et si le rap de cette ville a toujours vécu, et bien vécu, pendant les années et les années où il a été ignoré par le reste de la planète, c’est grâce à ses auditeurs qui se comptent par dizaines de milliers dans les rues d’une des plus grandes agglomérations du monde. Trae et son groupe SLAB appartiennent à ce monde qui se perpétue sans concession depuis l’époque où les screwtapes se vendaient par dizaines de milliers de la main à la main. Et son album est à l’image d’un hip hop libre, d’un gangsta rap sans complexe. Pas de producteur à la mode, pas de featuring à 100 000 dollars, pas de recettes en vogue, pas de clips clichés pour MTV. Du rap, du rap et du rap ! Ah, j’oubliais quand même les productions de Q-Stone et les chants de Dallas, Billy Cook, Warren G (un autre) ou Shyna… Le résultat est d’une efficacité à faire pâlir même les Boss Hogg Outlaws de Slim Thug. Le colosse de Guerilla Maab à la totale street credibility a su dénicher d’incroyables talents qui ne dépareillent pas à ses côtés. L’énergie déborde littéralement du cinquième opus des jeunes loups de Trae, l’homme qui a fait peur à 50 Cent. L’alchimie entre les différentes voix et les différents flows joue à merveille. A chaque changement de rappeur on a l’impression d’un surenchérissement qu’on pensait impossible. D’autant plus que rien ne garantit que les 16 mesures classiques se finiront sans un changement d’intervenant. Les refrains diffèrent d’un titre à l’autre (rap, chant, instru, sample), les tempos aussi, mais l’album garde une unité assurée par la régularité des protagonistes impliqués à la prod et au mic. On y retrouve en permanence un habile mélange de mélodies et d’énergie, de chant et de rap, de douceur et de puissance. Ceux qui connaissent déjà Z Ro ou Trae ne s’en étonneront pas, l’originalité de leur formule réside dans ce sucré-salé, dans ces indomptables gangsters qui se prennent souvent à chanter. Comme si leur enfance avait bercée entre la soul d’un foyer et le rap hardcore de la rue. Et c’est ainsi que si on se laisse prendre à la mélodie et au chant qui débute « Stop cuffin these hoe’s » on sera pris à contre-pied quand Jay’ Ton débarquera en rappant :
“Don’t get mad cause your bitch chose me
Never catch Jay’ Ton cuffin’up these streets
Only niggas in my Slab ride in the front seat
Can’t handle smellin’ the perfume on my dog’s T
I’m a gangster, I ain’t trippin’ if u let my nigga hit
I’m a call another bitch and tryin’ see what I can get!”
Mais après réflexion, Snoop et ses partenaires avaient fait un choix voisin sur « Ain’t no fun » et composé un classique. La G Funk amenait ce même contraste entre la douceur musicale et la dureté des lyrics. On remarquera néanmoins une différence évidente : les productions de Q-Stone évoquent bien souvent une certaine mélancolie ou au moins une nostalgie, même si ce n’est pas le thème des textes. La légèreté de « Wanna be down » et de la vivifiante reprise du classique de Cube « You know how we do it” font figure d’ exceptions.
Pour rajouter à leur formule sonore déjà très convaincante nos amis de SLAB ont décidé de nous gratifier de 18 titres sans remplissage aucun. Des invités parmi les plus prestigieux du coin se retrouvent sur le premier titre : l’homme de cette fin 2005 monsieur Bun B, Paul Wall le people’s champ, l’incontournable Z Ro, le trop rare Mike D et la légende de la SUC, HAWK. Mais le reste de l’album ne dépareille pas. A propos, ceux qui se demande ce qu’est un Slab, la réponse est en gros à l’intérieur du livret !
Contrairement à ce qu’on a avait pu regretter sur d’autres sorties du label SFLEMP, le disque bonus (13 titres) n’est pas seulement ralenti mais réellement screwed and chopped ( ralenti et samplé sur les phrases les plus centrales avec quelques scratches, peut être trop rares en l’espèce). De plus il est moins ralenti que d’autres ce qui le rend plus audible sans « syrup » et plutôt astucieusement chopped. Néanmoins il est peu probable que les français s’intéressent fortement à ce disque « slabed »…
La livraison précédente de SLAB (Plex 4.5) se situant légèrement en dessous de celle-ci et les partenaires de Trae n’ayant pas encore sorti de solos, « The Anthem » s’avère incontournable pour les amateurs d’un Houston qui ont aimé « Same thing different day » de Trae ou les deux derniers Z Ro fournis par Rap a Lot. Ceux qui préfèrent Mike Jones, K Rino voire Big Moe y trouveront peut être moins leur compte. Ils seraient néanmoins avisés de le vérifier…

0 Comments:
Enregistrer un commentaire
<< Home