Chronique en avant première du CD/DVD de Lil B Stone

Lil B Stone " Street Game "
Grimmie Records
2006
Toutes les productions: E-low
1. What's Bracken
2. Freak Me
3. You Used to be My Homie featuring: Lunch Meat
4. Intro.
5. Street Game
6. Big Thangs featuring: 12 Gauge Shotie & Jack D
7. It's On Out Here by Sick Beav
8. Solo Bolo by 12 Gauge Shotie
9. Home Wrecka
10. All Night Long featuring: 12 Gauge Shotie
11. Cup Runnith Over by Black Mikey
12. Confused
13. On the Attack by Lunch Meat
14. Dead Bitches Don't Talk featuring: Mitchy Slick & Lunch Meat
15. South Side Connection featuring Rob G, Youngsta, & Big T
16. Bust featuring: Lunch Meat
17. Brewshal Come Up's
18. Assume Da Position by Black Mikey
19. Niggas and Da Essays featuring: Mad One & Lil One
20. Freestyle
Pas facile d’attirer l’attention du monde entier quand on vient de San Diego. Seuls Jayo Felony, Mitchy Slick, Mr Shadow, Knightowl et quelques autres latinos y parviennent. Raison de plus pour lehiphop.com de s ‘y intéresser sans attendre un reportage racoleur de Ariel Wizman et Mouloud ou une improbable signature de major débarquant à Skyrock…
Bienvenue à " Dago " donc. Le rap local est connu pour son côté dur, très gangster et plutôt rattaché à la traditionnelle funk californienne. Autant de raisons qui le rapprochent beaucoup de Sacramento, pourtant à des centaines de kilomètres plus au nord. Parmi les rookies qui commencent à faire du bruit à Dago, Lil B Stone (un Blood du quartier de SouthEast qu’on entend sur disques depuis 5 ans) est arrivé très fort en sortant deux albums en un temps record. Pourtant " Street Game " n’a pas été pensé au rabais puisqu’il contient 20 titres dont 16 chansons et un freestyle, toutes produites par E-Low (Mitchy Slick, Relativez, Mary Jane Junkeez, the Wrongkind, Mad One, Spice 1...). Il apparaît donc très rapidement que Lil B Stone et son producteur ont joué la carte de l’homogénéité, sachant certainement qu’il ne servait à rien de charmer les radios et les clubs sur quelques singles potentiels. Comme son nom l’indique " Street Game " est pour la rue et il a peu de chances d’ouvrir des portes dans l’industrie.
Alors on aime ou on aime pas la formule, mais on a peu de chances de n’aimer que deux ou trois titres. Autant être clair tout de suite, E-low et Lil B Stone ne faiblissent jamais, satisfaisant à coup sûr ceux qui recherchent les synthés saturés (" Niggas and the Essays ", "Cup runnin ova "... ), les lyrics sans concession (" You used to be my homie " le pornographique "Home wrecka " et quasiment tous les morceaux), les titres uptempo et un funk hardcore et énergique au possible. Quant à ceux qui pensent que la G Funk n’a pas su évoluer, ils découvriront que la formule de SouthEast Dago ne prévoit pas les refrains chantés et que les sirènes ont laissé à place à des synthés non moins funkys. E-Low démontre ici une virtuosité et une régularité à toute épreuve. Il sert " banger " sur " banger " tout en montrant aussi qu’il est capable d’innover. " You used to be my homie " remplit son rôle de tuerie résonnante et énergique, mais elle ose aussi des " stop and go " surprenants aux refrains. " Big thangs " n’est pas qu’une basse effrayante et un concept lyrical déjà éprouvé dans le sud, elle amène aussi une nappe aux accents de cuivre mexicanisants très exotique.
Lil B Stone a du Mc Eiht en lui, du Relativez et du All Frum Tha I en lui et même parfois des flows à la Keak da Sneak mais sans jamais perdre sa propre identité. Sans ressortir avec un timbre de voix exceptionnel ou un flow hors norme, il remplit ses mission d’ambianceur et de chroniqueur du ghetto. Comme le promet son label il " smash the soundwawes " et " donne la vérité sur la vie des rues dans un style gangsterous ". Et après écoute de son projet, il n’a pas à rougir de la comparaison avec Mitchy Slick ou Mr Lil One sur les collaborations que cet album nous présente, ce qui le place donc dans la cour des concurrents sérieux du sud de la Californie. " Home wrecka " démontre son potentiel à toucher les rues avec des textes durs, une mentalité de sauvage et un slang totalement maîtrisé:
"It’s the number one home wrecka
Your home jacka
Did you bitch recollecka
The one you nigga nigga?
I can have your bitch on stomp
And you can ask the last bitch, that lil B Stone fucked
I hit that ass with a rubber dose
Send it with the "okie dochie"
she loves the way I grab a throat
As I stroke a pause
The pussy mashin, all night lastin
? leash the passion
No need for askin
And this dick is trying fuck
So open your legs
And put this dick between your tighs
And now you realize that a nigga got swang
And your home girl told u that I use to lay pipe
I ain’t lookin for a smile or the green
Put this dick in your mouth
and these balls in your jeans
When you all on my balls
I be in your drizalls
Touchin’ your pussy wizalls
The way you work your ?alls
Should be against the law"
" Street Game " est tout d’abord sorti dans les rues de San Diego et l’édition qui vous en est présentée est la seconde, avec une couverture en deux parties parce que l’album est ici assorti du DVD " Grimmie gone wild ". Le DVD joint à cette nouvelle édition est donc un bonus dont on serait mauvais joueurs de se plaindre. Il dure 45 minutes et répond totalement à son titre : il explore le monde du label Grimmie de E Low et montre de nombreuses beaaaatchezz sauvages (littéralement " gone wild "). On y découvrira des live en boîte très gangsta, des séances de promo dans la rue, des mini-clips fait maison ainsi que des rencontres avec les rappeurs du label et de sombres inconnus de San Diego qui semblent jouer un rôle dans le rap local. Le tout est très fortement agrémenté de paires de fesses plutôt " grimmie ", de seins voire de chattes à l’air pour appeler les choses par leur nom. La plupart de ces californiennes noires sont avec les rappeurs et certaines ont été filmées dans un salon érotique. Le DVD marque ainsi clairement son ciblage masculin contrairement aux Mr Sancho et autres latin lovers qui s’adressent à la gent féminine californienne à travers des chansons douces et romantiques. " Grimmie gone wild " est street, énergique, rythmé, masculin et parfois vicieux. Restent ses imperfections : alors que ses graphismes sont très travaillés et ses séquences musicales intéressantes le cadrage y laisse à désirer, les pubs y sont maladroites et les interviews peu profondes. " Grimmie gone wild " est donc une bonne incursion dans le monde peu connu du rap de SouthEast San Diego sans pour autant mériter d’être vu en boucle. Contrairement au CD !
E-low, réussissant à faire vivre et progresser un style pourtant éprouvé fait montre de l’étoffe d’un grand producteur sur cet opus majeur. Plus encore que confirmer son talent et celui de ses protégés, il peut rassurer les afficionados du gangsta funk californien, cette musique offre encore des possibilités immenses et confirme ainsi qu’elle a un avenir !
Lil B Stone, quant à lui signe un des albums les plus réguliers de l’année. Une unité s’en dégage qui démontre ce qu’offre le Southeast Dago de qualité et encourage à suivre l’équipe de Grimmie de près dans l’avenir. Reste à réussir à élargir l’audience de ce son de San Diego, comme ont partiellement réussit à le faire Mitchy Slick et Ecay Uno.
par Gone en novembre 2006
PS : Cet album pour l’instant plutôt rare est disponible et en écoute sur le site américain spécialisé dans les indépendants, cdbaby.

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