Miami and the Nation of Thizzlam :Review

Miami and the Nation of Thizzlam
Thizz
Thizz / Urban Life Music
3 Cd’s et un DVD
A quoi bon parler à des français de Thizz Nation, de Miami ou de Mac Dre ? Qui chez nous suit ce mouvement qui secoue un autre coin de la planète ? Voilà des questions obscurantistes.
Ne soyons pas égoïstes, Mac Dre est mort en novembre 2004 et une infinité d’européens ne l’ont pas découvert de son vivant, alors il est plus que temps de rattraper le retard et c’est une raison plus que suffisante. D’autant plus que peu de médias français sauront ou voudront le faire…
Tout a donc commencé à la fin des années 80 dans la petite ville californienne de Vallejo, futur théâtre de l’explosion de N2 Deep, Baby Bash ou E40… Le quartier de Crestside voit deux figures du rap de rue éclore : The Mack en est déjà à son premier disque alors que le jeune Mac Dre commence tout juste à rapper. Le premier mourra trop jeune pour se faire connaître au delà de la baie mais posera les bases d’un style de gangsta rap propre à Crestside. Le second manquera son contrat en major pour une incarcération avec ses amis du gang de braqueurs de banques local, le Romper Room Gang…
Mais, à sa sortie sa street credibility a cru en flèche du fait que, innocent, il a fait plusieurs années de pénitencier pour refuser de balancer. Mélangeant le vécu des vrais gangsters, son irrépressible intérêt pour la gente féminine, un sens de l’humour sans limites et une originalité débordante il crée un univers entier qui contaminera un public grandissant. Plus encore que Humpty Hump on peut le créditer d’avoir introduit avec brio la dérision dans le gangsta rap, offrant album après album aux habitants des quartiers une fierté et une joie de vivre inespérée. Retrouvons-le par exemple dans " Cuthoat Anthem " du Cuthoat Comitee :
"I keep caughin, like I chockin on pepper
High as a motherfuckin smoke detector
drag bar, drug star like Deff Leppard
but a pimp makin records, I’m Dre Heffner
that’s right I left her, she was weedless
and when she did have it, it wouldn’t see less
throw your hands up, Johannesburg
me no smoke ganja, me smoke herb
pay me now, pay me later
I’m in her "hati-ater"
heatin on some inhalator
Smokin like a radiator
I’ m have ass later
But it’s on sac
Cause if it ain’t cali grown,
I can’t be on that!"
A l’heure de son assassinat en fin 2004, Mac Dre avait posé les bases d’un futur empire du rap indépendant avec des figures de son quartier plus ou moins liées à l’ancien Romper Room Gang (Kilo Curt et Miami tha Most). Ceux ci, rejoints par le rappeur Mac Mall, sont à l’origine des innombrables sorties Thizz depuis deux ans et parmi eux la suite des compil’ Thizz Nation dont les deux premiers volumes voyaient " Sir Dreezy " à leur tête. Miami and the Nation of Thizzlam peut en être considéré comme un hors série.
Miami and the Nation of Thizzlam frappe fort dès la couverture avec 43 titres répartis sur 3 cd’s et un DVD en bonus. La quantité fait elle la qualité ? Elle offre en tous cas une diversité d’artistes ahurissante puisque le tracklist implique des dizaines d’artistes, en passant des stars comme Mac Dre, Tray Dee, Ray Luv, Yukmouth ou Baby Bash à de complets inconnus. Les titres sont pourtant majoritairement des exclusivités sur de réels instrumentaux nouveaux. 3 heures de son ! De quoi rentrer dans le monde de Thizz qui est incontestablement moins un label classique qu’un temple à la mémoire de Mac Dre, une structure dédiée à perpétuer son riche héritage mais aussi une immense écurie de rappeurs de la rue pour la rue…
Boosté par l’engouement populaire pour Mac Dre et une team talentueuse, Thizz a imposé un rythme effréné à ses sorties pour devenir une force incontournable au nord de la Californie. La bonne nouvelle de cette explosion c’est que Thizz est suffisamment fort et original pour imposer un style instrumental qui n’est ni le traditionnel Mobb sound (très grosse influence funk 80’s, popularisé dans les années 90) ni réellement la déferlante Hyphy (proche du crunk). Quoi qu’une des origines du Hyphy, il en est souvent plus doux et mélodieux, mais on retrouve l’influence psychotrope indéniable des " pilules à faire la fête " qui provoquent le " thizzin’ ". Les boucles peuvent y être entêtantes, les instrus un peu dépouillés et le tout parfois peu adapté aux pistes de danses. A moins qu’on ne pratique les diverses danses déjantées de M.D !
Les frontières demeurent pourtant parfois très difficiles à déterminer entre d’un côté le Thizzin’ que Dre avait étendu bien au delà de l’effet de l’ecstasy ( danses, pimpin’, slang, métaphores…) et qui signifie maintenant " bien se sentir, passer un bon moment " et de l’autre côté le Hyphy (un son, une culture de la perte de contrôle et des folies comme le " ghost riding " qui consiste à conduire une voiture de l’extérieur !) mené par Keak da Sneak et Mistah FAB de la nation of Thizzlam, mais aussi par E40 et son label Sick wid it ou the Federation et leurs proches.
La mauvaise nouvelle c’est que Thizz est parfois difficile d’accès, comme tout style rare et original. " Help me " et sa douce mélodie, "Meezy major factors " et son funk, " Cold " et son brillant refrain de Harm et de nombreux autres titres accrochent immédiatement l’oreille. Mais "Fuck it " ou le totalement hyphy "Studda step " décontenanceront plus le novice. Et les qualités des rappeurs de Nation of Thizzlam qui se succèdent deviendront parfois les seuls moteurs à la captation de l’auditeur. Intéressons nous ici à Fed X des Mobb Figgas dans "Keepin’ it Thizz" de la Thizz Nation. Et remarquons à quel point Dre l’a influencé :
"Braaht, Ararata, brahhh
see I’m a monster, boastin at the men in black
the cop hopper, handcuffin to the rats
to the club, in an all buyin’ out with the mack
I’m still movin bodybag and more
Toss him in the trunk, finna chop him up
Yeah we mass murderers, serial I’m wildin out
Call the military A.K ‘s hang out
Ok, all day, gun play
Fed ex, mobb figga, 50 states
dope hustlin’, I’m everywhere dope tucky
big truckin’, talkin’ poison on boys, somewhere"
Dans cet océan de titres qu’offre la compilation Miami and the Nation of Thizzlam, l’équipe de Thizz apparaît fidèle à son image et à celle qu’a laissé Mac Dre ; elle pulvérise les barrières que se fixent de nombreux rappeurs trop bornés, trop caricaturaux ou trop frileux. Dérision, originalité et innovation balaient le " déjà entendu " du cd moyen. L’envoûtant " Black amigos " qui emmène ses auditeurs dans un trip mexicanisant mené de main de maître par 3 valeurs sûres de la baie en est un très bon exemple.
Le contenu du CD 3 est encore plus conforme à ce qu’on peut attendre de Thizz, c’est à dire de l’inattendu ! Alors qu’en 2004 Mac Dre avait sorti deux albums le même jour, ses " cuddies " ont réalisé la chanson la plus looooongue de l’histoire du rap ! " Keepin it Thizz " dure plus de 35 minutes avec des rappeurs par dizaines. Le tout est intéressant à découvrir en tant que performance mais aussi pour les flows des protagonistes qui vont de l’originalité au flow ouvertement influencé par celui qui se faisait aussi appeler Ronald Dregan. On regrettera néanmoins que Dj Ambush, le producteur, n’ait pas plus varié son instrumental, qui de plus n’est pas transcendant. Il est intéressant 5 minutes mais réellement trop répétitif au delà de 15 minutes… Pourquoi ne pas avoir choisi celui de "What Thizz it " ou de " Suckas " ?
Au moins aussi intéressante que " Keepin it Thizz ", spécialement pour les Dj’s, house parties et ceux qui connaissent peu Mac Dre, le remarquable travail de Dj’s réalisé sur le " Super Mac Dre Mix " de 8 minutes, qui repasse par une série de titres mémorables du Genie of the lamp. A rapprocher du dynamique mix vidéo du volume 3 des Thizz Nation, qui a le mérite d’ajouter l’image au son.
Le DVD aurait pu contenir des clips, des interviews, divers lives ou des images de rue. Il n’en est rien et ce mini film passe comme une flèche sur la soirée de sortie de " Da U.S Open " présentée au micro par Miami, un live de Money Gang (un des groupes les moins intéressants du collectif…), un extrait très street du clip d’un futur single de Hyphy puis des pubs déjà vues dans d’autres DVD Thizz. Il ne faut donc rien espérer de transcendant (quoique la première partie soit bien montée) de ces quelques moins de 20 minutes. Les français qui ne connaissent pas l’univers Thizz pourront mettre des visages sur les raps et saisir l’état d’esprit et l’ambiance des événements du label. Ils apercevront aussi Keak, un leader du Hyphy dans ses œuvres. Pour le reste il faudra s’intéresser à d’autres supports tels Treal TV… Les puristes Hip Hop (souvent attachés à celles de ses racines qui sont new-yorkaises) qui se seront suffisamment penchés sur cette sortie (ou cette chronique) remarqueront que le Hip Hop traditionnel y est, contre tous les clichés, célébré puisque les 4 disciplines originales du mouvement y sont réunies: les Djs sur le " Super Mac Dre Mix " et " Keepin it Thizz ", le graffiti sur la couverture, le rap omniprésent et les " thizz dance " et autres " turf dancing " !
En définitive il est réconfortant de conclure que Miami and the Nation of Thizzlam aurait plu à Dre Heffner puisqu’il démontrait deux choses qui lui tenaient à cœur: que la baie reste un leader en matière de créativité et d’originalité, et qu’elle s’unifie. Davey D et de nombre d’observateurs reconnaissent que son décès aura permis à divers quartiers en froid de se rapprocher dans sa célébration, fournissant une lame de fond d’unité et d’enthousiasme à une région à l’avant garde du rap mondial. Depuis des années tous s’accordaient à reconnaître que la baie avait besoin de s’unir, sans jamais parvenir à trouver un catalyseur. 2005 a prouvé qu’elle y est parvenue, " Miami and the Nation of Thizzlam " que l’unité risque de rester et de s’amplifier ! Et ceci sans que la disparition de M.D n’ait étouffé la créativité de la baie.
Avec ces deux effets positifs, la mort de Mac Dre aura apporté infiniment plus que celle de la plupart des autres rappeurs disparus ces dernières années. Encore merci Dre ! Thizz in peace Cuddie.

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